Ce que j'ai pensé de

Ce que j'ai pensé de
Des bouquins, et pas de place pour les ranger

mercredi 22 mars 2017

Diego Gary, S ou l'espérance de vie


S. Ou l'espérance de vie, de Diego Gary est paru chez Gallimard et disponible en Folio. Souvent, les auteurs accusent les éditeurs d'être cyniques et de manquer de bienveillance lorsqu'ils refusent leur manuscrit. Il y a un certain cynisme et un manque certain de bienveillance à avoir publié le livre de Diego Gary en l'état. 
On aurait aimé, enfin, j'aurais aimé, compatir à la difficulté qu'il y a à être le fils de Romain Gary, la figure tutélaire et écrasante et de Jean Seberg, l'actrice fulgurante et fragile, mais S. ou l'espérance de vie est un livre qu'il est difficile d'aimer. L'auteur y endosse deux identités, sans qu'on puisse voir ce que ce dédoublement apporte réellement au récit. 

Il y a une volonté de faire littérature qui manque simplement de naturel, et on attend sans cesse que l'auteur prenne enfin le risque de raconter son histoire, sans détour, ses souffrances, la façon dont il les surmonte et devient qui il est vraiment. 

Les moments du livre qu'on parvient à aimer sont ceux où il semble baisser la garde, où il raconte  comment son père lui dit : " tu sais, un jour, elle ne se ratera pas" juste après que sa mère eut tenté de mettre fin à ses jours. Ou quand il décrit leurs rapports affectueux mais distants. On aime aussi les quelques moments où l'auteur regarde autour, et décrit Barcelone, on aime aussi quand il se souvient de l'Amérique avec des yeux d'enfant de huit ans. On parvient parfois à entrevoir les femmes qui sauvent presque, et jamais tout à fait le narrateur. Elles doivent toujours choisir entre se perdre et le perdre, et Diego Gary choisit de perdre le lecteur. 

Un éditeur bienveillant aurait vu l'incroyable histoire que Diego Gary essaye de raconter et il l'aurait aidé à transmettre l'incroyable lutte qu'il faut mener pour exister quand on est, jusqu'à la fin des temps, le rappel de qui ses parents furent. Quand on est consumé par l'envie d'écrire et que la flamme est soufflée avant d'être allumée par l'insoutenable comparaison avec un père deux fois fois goncourisé. Un éditeur aurait aidé Diego Gary à sortir ses femmes de cette brume de culpabilité d'où il décrit trop les cunnilingus et trop peu celles qui les reçoivent.  

Je mesure que c'est presque indécent, de la part d'un chroniqueur amateur, mais je crois qu'aucun éditeur n'aurait laissé un auteur, avec une telle histoire mais un autre patronyme sortir ce livre en l'état. Il l'aurait accompagné, il l'aurait accouché de ce que ce livre aurait dû être. On ne laisse pas quelqu'un rencontrer la famille de ses rêves avec une cravate de travers.

Que Diego Gary me pardonne, que ceux qui ont été plus sensibles que moi à la forme du livre me pardonnent, mais il me semble que S. ou l'espérance de vie, disponible chez Folio, est un livre inachevé, qui ne rend pas service à la sincérité et au courage de son auteur. 

Pour ceux qui veulent l'écouter, c'est en audio ici.

mardi 14 février 2017

Cher Jupiter, d'Isaac Asimov

Cher Jupiter est un recueil de nouvelles d'Isaac Asimov paru chez Folio Science Fiction, et c'est exactement le genre de livres que j'adore. 

Pourtant, la qualité des nouvelles est un peu inégale. Certaines sont datées, alors que d'autres annoncent nos angoisses actuelles, sur la démographie, la biodiversité, la nature belliqueuse de l'humain. A chaque fois, Isaac Asimov écrit les choses les plus extraordinaires avec un style simple, direct, qui nous fait sentir que ce qui est impensable pour nous est le quotidien des héros de ses histoires. 
Mais ce qu'il y a de formidable dans ce recueil, c'est ce qu'on trouve entre ces nouvelles. Asimov décrit les conditions dans lesquelles chacune a été écrite, à quel journal il l'a envoyée, quelle réflexion a eue l'éditeur qui l'a acceptée. 

On y découvre un auteur pas toujours sympathique, un peu trop sûr de lui, mais d'une sincérité totale, avec un sens de l'humour qui nous fait lui pardonner le fait qu'il ne se prenne pas pour son logarithme. 

Du coup, tous les grands thèmes sont abordés. Les grands thèmes de la science fiction, d'abord. Le voyage dans le temps, les sauts dans l'espace, les inépuisables sources d'énergie, l'ordinateur omniscient, la terre comme sanctuaire, la terre comme relique, les humains comme hôtes de parasites intersidéraux. 

Mais aussi les thèmes de la vie d'un homme, de la vie d'un écrivain. Le premier poste, la première femme, le premier appartement, la peur de ne plus pouvoir à écrire, le couple qui bat de l'aile. Sans en avoir l'air, Asimov nous révèle beaucoup de chose qu'on aimerait, enfin que j'aimerais que nos écrivains préférés nous dévoilent. 

Sous un air de petit recueil inoffensif de textes plutôt mineurs d'Isaac Asimov, Cher Jupiter, disponible chez Folio, est un document passionnant sur l'écrivain, sur l'écriture de science fiction et sur l'Amérique des années 50 à 70. 

Pour l'audio, j'ai choisi Intergalactica des Beastie Boys. 

mardi 10 janvier 2017

À quoi rêvent les garçons. Mark Twain.

A quoi rêvent les garçons c'est Mark Twain qui raconte son expérience d'apprenti pilote sur le Mississippi. Le concept de la collection Folio 2€, c'est de découper les œuvres de grands écrivains, et de vendre des morceaux prédigérés aux lecteurs paresseux ou fauchés: on instaure en deux deux fastoche l'impôt sur l'argent de poche. Oui mais voilà, au-delà du concept, il y a des gens qui font bien leur boulot. Vraiment bien, parce que ce petit bouquin en apparence inoffensif m'a fait l'effet d'un shoot littéraire. Comme pas mal d'autres titres de la collection, d'ailleurs. 
En un peu moins de 100 pages, Mark Twain fait passer nos vies pour des choses monotones, sages, et pour tout dire timorées. Enfant, Samuel Clemens veut devenir le pilote d'un des bateaux à vapeurs qui descendent et remontent inlassablement le Mississippi. Il écrit : « Nous ne pouvions pas nous engager dans la batellerie ; du moins nos parents ne nous y autorisaient-ils pas. C'est pourquoi, un peu plus tard, j'ai quitté la maison. J'ai dit que je ne reviendrai pas avant d'être devenu pilote et de pouvoir faire un retour glorieux ». 
C'est ça, le style de Mark Twain. Pas seulement littéraire. Imaginez, un gamin de quinze ans que rien ne retient en arrière. Je veux être pilote. Rien de plus n'est dit sur la famille qu'il quitte. Il y a déjà une dureté invraisemblable. Et pourtant, Mark
Twain ne fanfaronne pas, il raconte avant tout les taloches qu'il reçoit quand il oublie qu'il y a ici un haut fond, là un couloir, plus loin un repère sur la berge, et cet arbre qui indique où il faut tourner. Il apprend le fleuve comme on apprend à lire, c'est lui qui fait ce parallèle, sauf que les phrases du livre changent à chaque fois qu'on les déchiffre.

Mais une fois qu'il a su lire le fleuve, qu'il a mesuré l'étendue et la puissance de ce savoir si durement acquis, il n'a qu'un seul regret : le fleuve n'a plus de poésie, pour lui. C'est peut-être pour pour la retrouver qu'il s'est mis à écrire. Une poésie brute, sans chichis, issue de la boue des rives du Mississippi, celle qui portera les immortelles aventures de Tom Sawyer et d'Huckleberry Finn.  
Ce style de Mark Twain, c'est l'Amérique, c'est le style de gens qui quittent leur famille sans se retourner. Il fait entendre ces vies de travailleurs durs, farouches, roublards, et on entend la voix des sondeurs, à l'avant du vapeur. Mark Three ! Trois Brasses de fonds. Mark Twain, deux brasses. Ce n'est qu'après avoir réussi son rêve, celui d'être pilote, que Samuel Clemens choisi ce cri comme nom : Mark Twain. 

On aimerait, enfin, j'aimerais, avoir cette détermination, cette persévérance, avoir une vie aussi aventureuse, on aimerait, j'aimerais tellement, avoir ce style direct et beau. Ce à quoi je rêve, c'est de savoir écrire comme Mark Twain dans À quoi rêvent les garçons, disponible dans la collection Folio 2€



L'audio est et c'est Jimmy de Moriarty qui sert de fond sonore. 

mardi 29 novembre 2016

Un truc marrant qui montre que je suis neuneu.

Un truc marrant. Quand je fais des chroniques, je fais un brouillon, je laisse une nuit, je le retouche, puis je l'enregistre, et en général je le retouche encore un peu, et puis voilà. Après, je fais un peu de montage, j'exporte, puis je crée l'article sur le blog. Et au moment de le publier, la plateforme (blogspot, en l'occurrence) me propose d'en faire la promotion sur Google+. J'oublie à chaque fois qu'il y a ce truc à écrire,(oui, je sais, si je publiais plus souvent...) et je rédige à chaud ce que je crois être un petit résumé. Qui en général n'a rien à voir avec la chronique, est plus naturel, plus simple, plus juste. Je me dis alors que ma chronique est sur-écrite, merdique, pédante, et que je devrais écrire comme pour ces petits résumés, qui ne cherchent pas à être malins et tout. 

Et puis je vais me coucher parce que je suis crevé, et à la chronique suivante, ça recommence. 

Que vivre te soit bonheur ! Omar Khayyâm

Que vivre te soit bonheur est un recueil de 101 poèmes d'Omar Khayyâm choisis pour la collection Folio Sagesses. Sagesses vraiment ? Omar Khayyâm fait l'apologie du vin, des femmes, d'un hédonisme qu'on peine à croire sorti de la Perse du onzième siècle. 

Je ne sais pas si mon âme par celui qui m'a pétri
Est abandonnées aux flammes ou promise au paradis
Un verre, une belle, un luth dans quelque jardin : à moi
Ces trois bonheurs au comptant, à toi, le paradis, mais à crédit. 

Ne vous fiez pas à l'apparente légèreté de la forme. Quatre siècles avant Ronsard, le même détachement, la même métaphore pour nous rappeler que le temps passe. Ces roses dont le zéphyr froisse la robe de soie… Les belles, l'alcool, la musique… Seulement ? Non, les belles, l'alcool, la musique pour supporter l'absurde. L'absurde tient en deux vers :

Avant notre venue, rien ne manquait à  l'univers ;
Après notre heure dernière, rien non plus ne manquera. 

Ce désespoir lui fait voir le ciel comme un bol, posé à l'envers sur les hommes, qui, aussi sages soient-ils, ne sont qu'agonisants. Les exégètes me jetteront la pierre, mais il me semble qu'une partie de la douce noirceur de Khayyâm a les couleurs du lendemain d'ivresse… Pourtant, au fil du recueil, le libertin avant l'heure, armé du bon sens d'un savant de son temps, délivre une leçon d'humanisme simple :

Laisse toutes dévotions dues ou surérogatoires :
Mais de ta bouchée de pain, ne sois ni jaloux, ni avare,
À nul cœur ne cause de peine, ni par ta langue ni par ton fait,
Et de ton salut je fais mon affaire. Verse à boire !

La Sagesse, alors, de Khayyâm a sans doute été de ne jamais publier ses poèmes. Ils n'ont émergé que plusieurs décennies après sa mort. Pourtant, certains vers laissent penser que sa discrétion devait être relative :

Khayyâm est un gibier d'enfer, paraît-il, mais qui le dit ?
Qui a vu le paradis, et qui  est revenu de l'enfer ? 

Soyons comme lui hédonistes et prudents et conscients, écoutons le conseil du sage Omar Khayyâm :

Si tu t'enivres, que l'ivresse te soit bonheur
Si tu étreins une femme, que cet amour te soit bonheur !
Toute chose de ce monde s'achève dans le néant :
Dis toi que tu es néant, et que vivre te soit bonheur. 

On aurait aimé, enfin, j'aurais aimé, que les docteurs de tous les cultes s'abreuvent à la sagesse d'Omar Khayyâm et nous disent, paraphrasant le titre de ce recueil, disponible chez Folio Sagesse Que lire te soit bonheur.  


La version audio utilise le merveilleux morceau Astrakhan Cafe d'Anouar Brahem. Et oui, il est tunisien, rien à voir avec l'Iran, mais je suis peu calé en musique Perse du 11ème siècle, bande de gros malins. Et oui, j'ai laissé des espaces dans le nom de fichier du mp3, je suis crevé. 



dimanche 20 novembre 2016

Juste un (750) mot(s) sur les brouillons merdiques, la foi, la piété filiale

Ce week-end, j'ai joué à l'écrivain. J'ai renoncé à la grande fête d'anniversaire organisée en l'honneur de ma mère, j'ai décliné la proposition d'aller plonger dans une piscine profonde que j'aime énormément, j'ai laissé passer un concert de Rebetiko en Bretagne,  j'ai coupé le téléphone, et j'ai dit à tout le monde : j'écris. 

J'ai si peu écrit samedi. Si peu. J'ai lu Bird by bird, un livre où Anne Lammott explique comment elle apprend à ses étudiants à écrire. Je n'en ai retenu qu'un seul chapitre : shitty first draft. Les premiers brouillons merdiques. Pour écrire, il faut renoncer à être bon, accepter d'écrire un premier jet minable et tenter de l'améliorer ensuite. C'est ce que je fais pour chacune des chroniques que je vous propose. Des premiers jets pourris, que je retouche ensuite, ou pas, quand je n'ai plus le temps. 

Mais pour un roman ? Savez vous que mon brouillon actuel est déjà plus long que Le Poisson pourrit par la tête ? C'est une question rhétorique, hein, puisque quand je vous le demande, vous n'avez aucun moyen de le savoir, mais à la fin de la question, vous n'avez aucun moyen de ne pas le savoir. Presque 70 000 mots, et presque autant de raisons de laisser tomber. 

Raison n°1 : j'ai commencé ce livre comme un exercice de style pour mettre en pratique les conseils d'écriture du podcast "writing excuses", un podcast d'écrivain anglo-saxons qui expliquent comment ils écrivent de la fantasy, de l'horreur, de la bande dessinée. J'aurais dû me contenter de mettre en pratique les petites consignes de chaque épisode, une à une. Je pensais les grouper dans un petit jeu qui devait durer deux mois...

Raison n°2 : écrire sur ce qu'on connaît. C'est un conseil de celui qui m'a fait croire que je pourrais un jour y arriver, et qu'on trouve dans son livre "Techniques du métier d'écrivain." Ok, je vais écrire sur Brest, cette belle cité ouvrière et militaire. Très bonne idée quand on a jamais bossé ailleurs que dans un bureau et qu'on n'a même pas fait son service militaire !

Raison N°3 : écrire ce qu'on lit le plus. Oui, mais moi, je pensais pas m'y impliquer, alors, pourquoi pas un thriller, puisque je n'en lis que deux ou trois par an ? 

Raison N°2365 : quitte à écrire sans en retirer de satisfaction pécuniaire ou de gloire littéraire (entendre par gloire littéraire la possibilité de trouver une lectrice riche et passionnée désireuse de m'entretenir pendant que je prends l'éternité qu'il me faudra pour devenir un bon écrivain), autant écrire sur ce qui me tient vraiment à cœur. 

Et pourtant. J'apprends. J'aprends tellement. D'abord, j'apprends que n'importe quel projet est sérieux quand on écrit, même un exercice de style, même un thriller dont l'intrigue ne sert que de support à la seule chose qui compte : regarder des personnages se débattre. Et puis j'apprends l'engagement. Même si c'est mauvais, maintenant, il faut aller au bout. J'apprends même la modestie : la publication du Poisson n'est peut-être, finalement, qu'un coup de chance isolé. Peut-être que le prochain ne sera lu par personne (comme celui que j'ai écrit entre les deux). 

Les gens avisés me diront : si tu nous as épargné 69996 raisons d'abandonner, pourquoi simplement ne pas céder au bon sens, et laisser ce projet mourir et se lancer dans autre chose ? 

La bonne raison, c'est que je ne peux plus laisser ces personnages sans résolution. 
La raison acceptable, c'est qu'il faut s'entraîner à aller au bout : après tout, une fois retravailler, ce shitty first draft deviendra peut-être un livre potable. 
La mauvaise raison, c'est que les trucs importants me font peur. Je ne me sens pas capable, encore, d'écrire ce qui m'importe et que ça importe à d'autres. La peur, l'impuissance acquise, etc. 

Ce shitty first draft de mauvais thriller m'aide à apprendre la fiction. Chaque nouveau livre que j'écris m'aide à apprendre la fiction. J'ai une passion pour le réel, et j'ai même forcé ma nature inapte aux mathématiques pour amadouer les outils qui me permettent d'explorer le réel. Mais quand vient l'écriture, la vraie réalité, la vaie vie, c'est l'imagination, la fiction. Parce que c'est ça qui raconte ce que nous pensons du temps que nous habitons. Le réel, les historiens, les scientifiques, plus rarement les journalistes s'en occupent. Mais comment nous vivons le réel est le domaine de la fiction. 

Le réel, c'est que j'ai honteusement dérogé à la piété filiale pour écrire. Mais ce que j'ai écrit me dira plus tard pourquoi je croyais devoir le faire. 


dimanche 13 novembre 2016

Shining, de Stephen King

On ne peut évoquer Shining, de Stephen King, disponible aux éditions du Livre de Poche, sans imaginer le visage de Jack Nicholson. Pourtant, dès qu'on ouvre les pages du livre on comprend que la patte de Kubrick, pour géniale qu'elle soit, n'a pas rendu l'ambiance exacte du roman originel Parce que l'auteur commence par créer une immense empathie pour chacun des personnages. Jack Torrance n'est pas simplement un professeur alcoolique expulsé de son université, c'est un écrivain qui se bat pour arriver à quelque chose, et ce poste de gardien d'hiver dans un grand hôtel coupé du monde par les neiges des sommets est sa dernière chance de recoller les morceaux, avec sa femme, son fils, avec la société toute entière.

Mais arrête ça, salopard de plumitif de mes deux, c'est de la mise en situation de série B.Stephen King, c'est bateau, toit même tu le sais.

Son fils, Danny Torrence, possède un don, le shining, qui lui permet de sentir ce qui se passe ailleurs dans le temps, ailleurs dans l'espace. Et ce qui fait qu'on accepte sans mal le dispositif fantastique de Stephen King, c'est que cet enfant est crédible, et donc attachant. Alors qu'il voit les catastrophe qui l'attendent à l'hôtel Overlook, c'est le divorce de ses parents qui le préoccupe, le manque d'amour.

Mais putain, un hôtel coupé du monde, un môme de cinq ans qui voit les fantômes, des meurtres, dans le passé, dans le futur, c'est de la merrrrde.

Il faut qu'il rencontre le cuisinier de l'hôtel, lui aussi capables de visions pour qu'il comprenne que son fardeau est aussi un don.

Un don mon cul, quand on a le shining on peut se faire attaquer par des buissons en forme d'animaux, c'est débile. Et après, tu vas nous parler de quoi ? la progression de la schizophrénie, des réalités parallèles, de la montée de la trouille ?

Jack Torrance saurait ce que vit son fils s'il ne prenait pas lui-même les manifestations de son don, moins marqué, pour les symptômes insupportables du sevrage alcoolique auquel il veut se tenir à tout prix. Pour son fils, auquel il a déjà fait du mal alors qu'il avait bu, pour sa femme, pour lui-même.

Mais de quoi elle se mêle, cette salope. Elle et le petit merdeux sont ils là pour nous apprendre à faire des chroniques ? C'est l'Overlook qui va s'emparer du lecteur avant que ce petit salopard de chroniqueur...


Les procédés de Stephen King, alternance des réalités, mises sous pression avec des sonneries d'horloge, des rêves récurrents, des doubles sens qu'on comprend deux-cents pages à l'avance sont aussi épais que les sourcils de Jack Nicholson, tant et si bien qu'on ressent moins de peur physique que dans l'adaptation cinématographique de Kubrick. Sans doute parce que la nature profonde de Stephen King est plus sympathique que celle de Kubrick. Mais l'attachement qu'on a pour Danny, pour sa mère, et même pour ce père tiraillé entre ses démons et ceux de l'hôtel pousse à tourner les pages. En ce sens Shining, de Stephen King, c'est de la saloperie, avec les coutures apparentes, c'est ça que tu veux lire, hein, c'est ça qui te plaît, te faire peur tout seul dans ton lit ? Shining, le roman mythique de Stephen King, tient ses promesses, c'est un livre de divertissement, qu'on prend plaisir à lire, ou à relire, même quarante ans plus tard, par exemple aux éditions du Livre de poche.




Merci à Joseph pour sa participation à la version audio de cette chronique, dont le traitement sonore autant que le fond assume la vulgarité de la littérature de genre.